24.04.2008
Dubrule déclare sa flamme
Dans le brouhaha qui mêle excuses et accusations envers la Chine, il est un message qui m’a particulièrement gonflé. Non, pas la lettre de Sarko à l’athlète handicapée, même si elle est évidemment bien davantage destinée à calmer le jeu avec le gouvernement chinois qu’à consoler cette pauvre jeune femme. Non plus la décision de Bertrand Delanoë de faire citoyen d’honneur de la ville de Paris le Dalaï-lama, même s’il est évident qu’elle n’a pas d’autre but que de caresser les militants socialistes dans le sens du poil au moment où le PS se cherche un nouveau grand leader. Vous l’aurez compris, ce qui m’a énervé c’est l’interview de Paul Dubrule, sénateur et président du conseil de surveillance du groupe Accor, sur la chaîne officielle chinoise CCTV.
Que l’un des grands patrons du quatrième groupe hôtelier mondial fasse de la lèche aux dirigeants d’un si gros marché ne m’étonne certes pas. Ce sont les arguments utilisés qui me trouent le cul ! Pour mémoire, Dubrule a exprimé son entier soutien au gouvernement chinois concernant son action au Tibet qu’il considère comme en favorisant le développement économique. A l’inverse, il considère le Dalaï-lama comme rétrograde. Pour justifier sa position, il explique ainsi qu’il a passé trois mois au Tibet en 2002 (lors d’un voyage à bicyclette…) et que cela lui donne une connaissance et une compréhension du Tibet bien supérieure aux autres Français (forcément, trois mois le nez dans le guidon, on devient un expert...).
A la même période, j’ai passé quatre jours à Shanghai (si si !). Ce qui, selon la jurisprudence Dubrule, devrait donc me donner une connaissance de la Chine déjà quasi encyclopédique… Et j’ai vu quoi ?
Une ville divisée en deux ghettos principaux. L’un, délabré, est occupé par les Chinois. L’autre, composé de buildings ultra modernes (bureaux et surtout hôtels, dont beaucoup en construction à l’époque), est réservé aux occidentaux. En dehors de quelques lieux « touristiques » (le marché aux contrefaçons, la rue des bars à putes et quelques temples), pas question de mélanger Chinois et occidentaux. La police est à tous les coins de rue, et veille à ce que chacun reste dans son coin. De toutes façons, tout est fait pour que l’occidental ne se perde pas au milieu des Chinois. La grande majorité de la population locale ne parle pas l’anglais (pas même les chauffeurs de taxi) et les noms de rues sont inscrits en chinois. Dans ces conditions, difficile de s’éloigner des sentiers autorisés.
Un après-midi, un ouvrier chinois m’aborde dans une bijouterie. Il est amusé par les boucles de mes cheveux et par ma barbe bien différents de sa coupe en brosse et des ses joues imberbes. L’échange, très bon enfant, durera moins d’une minute. Juste le temps qu’un policier le jette manu militari du magasin et me signifie que je ne dois pas parler avec des locaux, pour ma sécurité...
Quelques heures plus tard, mes compagnons de promenade et moi appelons un taxi pour rentrer à notre hôtel. Le taxi stoppe à notre hauteur. Immédiatement, le policier installé au carrefour vient arrêter le chauffeur et l’emmène au poste. Devant notre stupéfaction, le flic répondra simplement que le taxi n’avait pas le droit de s’arrêter à cet endroit précis…
Alors OK, j’étais pas à vélo et mon voyage n’a pas duré trois mois, mais j’ai quand même vu les effets du développement économique cher à Dubrule. Le quartier « occidental » de Shanghai en témoigne… Mais les Chinois eux-mêmes ? Si la pauvreté est visible un peu partout (habitations en ruine, mendiants et même quelques lépreux), cela ne m’indiquait pas le niveau de vie réel du travailleur chinois moyen. Pour que je réalise en quoi le « développement économique » de la Chine profitait tant à son peuple, il aura fallu d’un soir où j’avais envie de boire un verre ailleurs qu’au Novotel où je séjournais. J’avais envie de découvrir un endroit typique, avec des Chinois quoi, et non entouré de businessmen en cravate. Je demande donc au réceptionniste de l’hôtel de me conseiller une adresse sympa pour boire un verre avec un pote. Il me donne une rue, nous expliquant que c’est là que l’on trouve les meilleurs bars, et appelle un taxi. La voiture nous déposera au milieu de pubs à l’anglaise ouverts sur la rue. Apparemment, pas un Chinois ne sort là-bas. En revanche, on y voit de jeunes Chinoises, plutôt mignonnes, sans être provocantes. Nous pensons tout de suite qu’il s’agit de prostituées, même si elles n’en ont pas vraiment la dégaine. Arrêt au comptoir pour commander une bière. Deux filles nous rejoignent, nous demandent si elles peuvent discuter avec nous. Nous répondons que oui, mais que nous ne sommes pas intéressés par des prostituées. Elles rétorquent qu’elles sont étudiantes, et désireuses de parler avec des occidentaux. Leur anglais est excellent, il semble évident qu’elles ont un niveau d’éducation supérieur à la moyenne. Nous ne leur offrons même pas un verre. Elles restent quand même là. On papote. Elles nous trouvent très beaux, nous racontent « leur » Chine, celle de la campagne qu’elles ont quitté pour venir étudier ici. Les mains finissent par se toucher. Quelques baisers doux sont échangés. Deux heures plus tard, mon interlocutrice annonce la couleur. Si je le souhaite, je peux faire l’amour avec elle toute la nuit pour à peine plus de dix euros… Ce doit être ça, le « développement économique » version Dubrule.
11:52 Publié dans Billets d'humeur | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : chine, tibet, dalaï-lama, cctv, dubrule
09.04.2008
Madonna fait sa révolution
Il y a des moments où l'on regrette de zapper. Ma soirée télé avait pourtant bien débuté, avec un assez bon reportage sur cette année 68 si riche en événements : mai 68 en France bien sûr, l'admiration pour la Chine de Mao, mais aussi le printemps de Prague, la mort du Che, les assassinats de Martin Luther King et de Bobby Kennedy, ou encore les manifs contre la guerre du Vietnam... Avec une conclusion des plus déprimantes : 68 fut, un peu partout dans le monde, l'année de tous les espoirs, de tous les rêves, mais surtout de toutes les désillusions. On écoutait Jimmy Hendrix, Janis Joplin, et on imaginait la révolution, un monde meilleur, davantage de liberté, d'amour et de confraternité.
Quarante ans plus tard, l'Histoire semble avoir reculé. Comme tous les ans ou presque, les lycéens français rêvent d'un nouveau mai 68. Le Che explose les records de vente de t-shirts et de posters. La Chine de Mao est montrée du doigt. Barack Obama réunit à lui seul les idéaux représentés par Martin Luther King et la famille Kennedy, et les pays occidentaux sont passés de la guerre froide à la guerre contre le terrorisme...
J'en étais là de mes pensées quand j'ai zappé sur une chaîne musicale. Evidemment, pas de Jimmy Hendrix au programme, mais le dernier single de Madonna. Et, coïncidence, il s'intitule "4 minutes to save the world". Je n'avais pas échappé au buzz énorme de la sortie mondiale du clip. Alors je me le suis infligé en intégralité, si si ! Histoire de pas mourir con. Parce que bon, franchement, ce duo avec Justin Timberlake, qui mélange hip hop, disco et R&B, n'est pas ma came du tout. Et puis je suis parti me coucher, en me disant que j'aimais vraiment pas, et en me demandant si une révolution était encore possible.
Mais la vraie surprise m'attendait ce matin. Souvent, je me réveille avec une mélodie dans la caboche. Cette fois, c'était Madonna... Pourtant, j'aime toujours pas. Mais, comme d'habitude avec Louise Ciccone, c'est pro, très pro. A bientôt cinquante ans, la Madone s'est offert la contribution du producteur le plus "djeunz" du moment, Timbaland. Un peu comme si Sheila faisait son come back en duo avec MPokora ! Il en résulte un titre évidemment très rythmé, et absolument pas mélodieux si l'on excepte la ligne de cuivre quasi symphonique répétée en boucle et à peine pompée sur la référence du genre, le "Can you feel it?" des Jackson Five. Quant au clip, réalisé par deux frenchies qui s'étaient fait remarqués en bossant avec Justice, il est loin de nous montrer Justin et Louise sauver le monde, et se contente d'exhiber pour la énième fois leurs déhanchements sexy. Et c'est bien normal puisque la chanson ne parle absolument pas de politique, mais juste d'une dragouille entre la quinquagénaire et l'ex de Britney Spears... Oh bien sûr, les plus indulgents y trouveront un message gentillet : c'est l'amour qui sauvera le monde. "Peace and love" quoi ! Comme en 68. Comme dans "Can you feel it?" qui prônait tout aussi naïvement l'amour de son prochain. On en revient donc toujours au même, comme un objet qui tourne perpétuellement autour de son axe. Au fait, comment appelle-t-on ce type de mouvement ? Une révolution !
13:51 Publié dans Billets d'humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : madonna, 4 minutes to save the world, justin timberlake, timbaland
03.04.2008
Emile, réveille-toi !
« On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde », disait Pierre Desproges. Le visionnage des derniers journaux télévisés l’aurait sans doute d’ailleurs fait rire jaune. Oui, même lui. Moi, ça m’empêche presque de dormir, à moins que ce ne soit juste parce que je viens de me taper huit bonnes heures de bon gros sommeil bien lourd…
Enfin bref, au moment où le soleil se lève, les JT de la veille, toutes chaînes confondues, me trottent dans la tête. Je croyais pourtant être immunisé, mais non… Me reviennent en mémoire, et dans le désordre, les reportages larmoyants sur la mort dramatique de Thierry Gilardi, l’indignation nationale au sujet de la banderole « anti chtis » lors de la dernière finale de foot, les menaces de mort proférées à l’encontre d’Eric Naulleau, une certaine façon de commenter les derniers sondages sur la popularité de Sarko, ou encore la question du boycott des JO de Pékin.
A priori, me direz-vous, il n’y a aucun rapport entre ces différentes actus. Vous me direz peut-être aussi que ces infos sont de toutes façons secondaires et que je ferais mieux de m’intéresser à des sujets plus importants (au choix les droits de l’Homme, le pouvoir d’achat, le nouvel album de Francis Cabrel ou de M Pokora…). Et pourtant… Prenons par exemple les traitements respectifs réservés aux « journalistes » que sont Gilardi et Naulleau. Depuis une semaine, la mort de Gilardi plonge la France entière dans la plus grande émotion, alors que celle de Naulleau serait presque présentée comme souhaitable. Faut dire que les styles des deux gars sont aux antipodes. Thierry, commentateur vedette du foot sur Canal+ puis TF1, s’est fait connaître avec ses éclats de voix (à base de « olalaaaaaa c’est magnifiiiiique ! »), alors qu’Eric, chroniqueur sur France 2 et France Inter (entre autres), est réputé pour ses coups de gueule glacés à l’encontre de stars aussi intouchables que Cauet ou Michael Youn… L’un exprimait le consensus (« L’équipe de France est formidable », « Zizou est grand », « que c’est beau le foot »…). L’autre livre ses opinions brutes, en marge du système « publi-promotionnel » des médias d’aujourd’hui, et sans se soucier de l’égo des personnalités qu’il épingle. Malheureusement, dans une France où Zidane peut mettre un coup de boule, il est interdit d’affirmer que Youn ou Cauet ne vous font pas rire... Ne pas faire de vagues, jamais. Rester dans le consensus mou, celui qui ressort des sondages. Cauet est drôle, donc on doit tous l’aimer. Zizou est un gars sympa, donc son coup de boule était justifié. Mais quand quelques énergumènes déploient une banderole inhabituelle, cela devient une affaire nationale.
Car quelle mascarade que l’affaire de la banderole « pédophiles, chômeurs, consanguins : bienvenue chez les chtis ». Certes, c’est de très mauvais goût. Certes, c’est insultant. Mais l’est-ce davantage que 50.000 personnes qui hurlent « Paris, on t’encule » ? Car ce beuglement, on l’a entendu tout le long du match, repris par l’ensemble des « supporters » lensois, réputés pour constituer le public le plus gentil de France. La banderole, elle, a été déployée pendant quatre minutes seulement, bien après les insultes lensoises. Seulement voilà, depuis le film de Dany Boon, il est de bon ton d’affirmer que les chtis sont sympas. Comme il a toujours été de bon aloi de conspuer ces parigots si hautains… Il me semble que les deux faits sont condamnables au même titre. Mais non, on ne touche pas à ce qui est populaire, encore une fois.
En écrivant tout cela, je sais bien que je vais m’attirer la haine de certains d’entre vous. Vous allez penser que je ne suis qu’un parigot de merde et un fan de Naulleau. Raté, je suis bordelais, et je ne suis pas toujours d’accord avec les critiques de Naulleau. Mais, si j’ai la chance d’être publié un jour, je préfère qu’un mec lise mon bouquin et le critique vertement en direct à la télé, plutôt que de me retrouver face à un mariole qui affirme que c’est un chef-d’œuvre alors qu’il n’en a pas lu une ligne. Et lorsque j’aurais la chance d’avoir un gamin, j’aimerais bien l’emmener au stade sans qu’il soit exposé à toutes sortes d’insultes, quelles qu’en soit leur provenance.
Je vais finir ce pavé par les restes de l’actualité télévisuelle récente. Ceux, trop faisandés, qui m’ont aussi donné envie de vomir. Cette journaliste de Canal+ qui annonce avec un sourire triomphal que Sarko a gagné 3 points dans les sondages… Tous les grands penseurs qui se scandalisent aujourd’hui des JO de Pékin, alors que la décision a été prise il y a presque sept ans… Complaisance et effets de mode sont désormais les piliers du journalisme. C’est bien dommage. Si Zola écrivait aujourd’hui son « J’accuse », nul doute que ce serait sur un blog, et non pas à la Une des grands journaux. L’heure est au consensus, on vous dit, non à la polémique, encore moins à la vérité. Quand la Société Générale perd 7 milliards d’Euros, on met en cause un petit employé, surtout pas le big boss, ancien collaborateur de Maurice Papon, et déjà mouillé dans des affaires de blanchiment d’argent. Quand, en 2001, le Comité International Olympique attribue les JO à Pékin, on se réjouit d'abord des retombées économiques avec la Chine, et on évoque les effets bénéfiques que cette décision pourrait avoir sur le respect des droits de l’Homme là-bas (quelle hypocrisie)... Quand on évoque Mai 68, on nous affirme ça et là que le mouvement a notamment permis aux femmes d’accéder librement à la contraception, voire à l’avortement. Ces donneurs de leçons oublient que la loi légalisant la contraception date de décembre 67, et celle légalisant l’avortement de 75… Non, 68 c’était surtout une façon de revendiquer le droit à la parole et à la vérité, et de dénoncer la main mise par le gouvernement et les grandes entreprises sur les médias pour nous vendre une idéologie et des produits. Quarante ans plus tard, la situation s’est-elle vraiment améliorée ?
17:26 Publié dans Billets d'humeur | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : naulleau, gilardi, psg, sarko, presse, mai 68, jo


