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19.03.2008

Putain de miroir

J’étais derrière elle. Elle aurait pas dû me voir. Mais il y avait ce putain de miroir. Nos regards s’y sont croisés. On s’est souri. Et c’est là que tout est parti en vrille. Là que j’ai senti mes jambes vaciller. Là que j’ai baissé les yeux. Là que mon cœur s’est déchiré en deux. Nom de Dieu, elle devait pas me regarder. Elle devait même pas me calculer…

Suis coincé maintenant. Faut que je la revoie. Faut que je sache.
C’était quoi ce sourire ? Juste un petit moment de bonheur ? Un petit rien, joli comme un bisou de gamin ? Une note de musique au milieu de la foule qui hurle ? Ou alors une collision, un crash, une météorite qui s’écrase sur nos palpitants ? Faut que je sache oui.

Arriver à la joindre. Je ne connais que son prénom… Contacter un ami commun. Trouver un prétexte, n’importe quoi. Faut pas qu’il sache lui non plus. Bordel, si nos regards s’étaient pas croisés, j’aurais pas à jouer comme ça. Je me dirais juste « elle te plait, mais oublie-là », ou alors « elle te plait, fonce ! ». Mais ce fichu miroir… Comme si je lui avais écrit « c’est toi et moi », dessus, à l’encre rouge. Comme si elle nous avait vu à poil, moi et mes putains de pulsations. Maintenant, je fais quoi ? A part les cent pas dans ma caboche…

Ok, dès que je l’ai vu, ça m’a sauté à la gueule comme un pitbull. Mais ça, elle l’avait pas remarqué. Du moins, je crois pas. Après je me suis dit que je la reverrai jamais, ou alors par petits bouts, entre plein de gens ivres, parmi les cendriers pleins et les canettes vides. Et puis ça finirait par passer. « Avec le temps, va, tout s’en va… », comme disait l’autre… Mais elle est revenue plus vite que prévu. Je m’y attendais pas.

Au milieu des autres, c’est à côté d’elle que je me suis assis. Comme un aimant, attiré. Comme un amant, juste à côté. La frôler. Pas croiser son regard, de peur qu’elle comprenne. De peur que tout le monde comprenne. Lui parler, un peu. Trouver encore des prétextes. M’inquiéter de ce qu’elle voudrait boire, poser des questions banales. N’importe quoi pour partager le temps. Eviter de discuter de choses trop intimes, ou alors les prendre à la légère. Juste l’écouter. Envie d’être seul avec elle. Par instants, l’espace d’une seconde. Puis m’évader vite. Trouver un nouveau prétexte pour parler à quelqu’un d’autre. Pour pas qu’elle sache. Pour rien gâcher, quoi.

Tout marchait à merveille. J’étais là et j’étais distant. Le bouclier bien en main. Avec l’envie de le fracasser à terre, mais prêt à le brandir. Pas question qu’elle me fasse du mal. Ni elle, ni une autre. Sauf que les autres n’ont pas d’armes assez effilées. Elle, plus je la renifle, et plus je sens qu’elle est dangereuse. Elle me rappelle que l’amour, parfois, est un combat de rue qu’on gagne ensemble, des étoiles plein les mirettes, et qu’on perd tout seul, la gueule ravagée par les coups.

Voilà, j’en étais là quand je l’ai regardé dans ce connard de miroir. J’aurais pu me contenter de contempler son joli dos en imaginant la courbe de ses reins. Mais non, il a fallu que je me jette dans son visage… Il y avait une chance sur un million qu’elle lève les yeux et me voit via cette foutue glace. Une chance sur un million… et c’est tombé sur moi ! Le miroir s’est fracturé, effondré. Dans sa chute, il a réduit mon bouclier en miettes. Et ma belle assurance avec…

J’ai réussi à lui parler. J’ai fait comme si de rien n’était. Au début… et puis, ça m’a échappé. J’ai évoqué le miroir. Elle s’en souvenait aussi. Et là vous imaginez que c’est une belle histoire qui finit bien ! En fait, j’en sais rien, pas encore. Je suis désarmé, les jambes légèrement fléchies, et son bouclier à elle est en acier trempé.

 

Commentaires

C'est bien écrit et le sujet me plaît.
C'est dans la lignée de ce que j'ai lu sur ton myspace, donc je reviendrais te lire.
Mais bon, t'as un bouclier en bois là quand même, enfin ton personnage. Il avait peut être forcé sur la despe aussi, ça aide pas :)

Ecrit par : soñarita | 29.04.2008

Ou sur un alcool plus fort ;) En tout cas, merci d'apprécier ma prose.

Ecrit par : Axl | 30.04.2008

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