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19.03.2008
Le patient
« Michel. Vous avez eu un accident de voiture. Vous vous rappelez ? ». Michel ne se souvient de rien. Dans son lit de la clinique Saint-André, il regarde le ciel. L’infirmière reprend : « ah oui, le ciel ! Il parait que vous étiez pilote ». Pilote ? Peut-être. Michel a l’impression qu’il pourrait aimer ça. Seul là-haut, sans attaches, sans rien à perdre. Quel sentiment de liberté on doit avoir…
« Vous n’étiez pas seul. Il y avait une femme avec vous. D’après mes renseignements, vous deviez vous fiancer… ». Le flic sait qu’il n’aura pas de réponse, mais elle est morte et il fait juste son boulot. « Comment s’appelait-elle ? », demande Michel. Fabienne ? Michel entrevoit des cheveux blonds. Il se souvient d’une robe d’été, bleue ou rouge, il ne sait plus. Mais pas de visage, non.
« Qu’est-ce qui s’est passé ? », demande Michel. Le flic lui explique la plaque de verglas, la voiture qui dérape, le platane… « Je roulais vite, n’est-ce pas ? ». Michel voit l’aiguille sur le compteur, « 180 », et l’arbre aussi. « Apparemment oui, vous n’avez même pas eu le temps de freiner ».
Michel est certain d’aimer la vitesse. Ce doit être comme voler. Se sentir libre. Pas comme dans cette chambre sans âme. « ça progresse bien ! », se réjouit le kiné, « Tu devrais remarcher bientôt ». Marcher ? Michel sent qu’il n’aime pas ça. Ce qu’il veut, c’est courir. « Oui, oui ! » s’écrie le kiné, « sois patient ! ». Michel a l’impression de détester cette phrase, on lui a déjà prononcé c’est sûr, peut-être la fille aux cheveux blonds… Oui, c’est ça ! Il s’en souvient maintenant. Il la tenait par la taille. Elle portait cette robe d’été rouge. Autour d’eux, il y avait d’autres gens, beaucoup de bruit, de la musique. Pas envie d’attendre, jamais.
Michel réfléchit: « Attendre, c’est risquer de tout perdre. Aimer aussi, non ? ». Il a d’ailleurs perdu Fabienne, et il l’a forcément aimé, il le ressent dans tout son corps. Le goût de sa bouche, la chaleur de sa peau et de son sexe… Oui, ils s’aimaient. ça lui revient maintenant. C’est pour ça qu’il a déconné.
Se fiancer, se marier. Voilà ce qu’il lui avait demandé. Et bien sûr elle avait accepté. Après il était trop tard pour reculer. Trop tard pour lui expliquer qu’il l’aimait oui, mais pas autant que sa liberté. Alors il a fallu trouver un moyen. Viser l’arbre et le percuter à pleine vitesse. En assurant la trajectoire, il pouvait s’en sortir. Pas elle.
Michel ferme doucement les yeux et se met à sourire. Fabienne l’aimera toujours, et il est libre. La porte s’ouvre et l’infirmière vient s’asseoir au bord du lit. Michel redresse le torse, pose une main sur sa cuisse, laisse glisser ses doigts sous la blouse en coton blanc. « Oh ! Tu es encore un patient ! », feint de s’offusquer Isabelle. « Impatient, oui », souffle Michel.
19:40 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nouvelle, écriture



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