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19.03.2008
Fumer tue
Assise sur le bord du lit, elle s’allume une cigarette. La fumée lui pique les yeux. Elle regarde la tige se consumer, tire à nouveau sur le filtre, le fait tourner entre le pouce et l’index pour l’observer encore, et écrase enfin le mégot dans un cendrier sale. « Une clope, c’est comme l’amour », se dit-elle, « ça brûle et ça meurt ».
Elle en rallume une autre, et pense à lui. Elle se sent comme une cigarette. Lui, c’est le fumeur. Quand il l’aura fini, il l’écrasera et rachètera un paquet. Elle se rappelle le cendrier qu’elle lui avait donné. Dessus était inscrit « piège à blondes ». Voilà sa seule issue, être jetée parmi d’autres vieux mégots... La fumée pique encore. Une larme coule de son œil gauche. Elle se dit qu’elle devrait arrêter de fumer, ou qu’elle devrait arrêter tout court. Elle a déjà tellement été consumée avant, par d’autres fumeurs… Eux aussi disaient être « accro », en « état de manque ». Ils ont quand même fini par l’écraser.
Elle se lève. Secoue la tête. Va chercher son portable. Relit le SMS qu’elle a reçu. « Tu me manques ». Ils disent tous ça, au début… Mais quand le manque devient trop fort, ils vont taxer une autre clope. Elle a envie de répondre, mais quoi ? Qu’il lui manque aussi ? Elle voudrait être dans ses bras, c’est sûr. A moitié endormie, inconsciente du danger, enfin confiante. Mais non. Pas question d’être un mégot de plus. Pas cette fois. Peur de ne plus le supporter.
Le téléphone tremble sous ses doigts. La cigarette brûle toute seule dans le cendrier à moitié plein. « Ne dis pas ça, ça m’effraie ». Message envoyé…
Il regarde par la fenêtre. Dehors passent des ivrognes qui massacrent une chanson paillarde. Il en sourit, et allume une cigarette. Il se dit que le goût est moins bon que quand elle est là. Tout est moins bon d’ailleurs… Il aurait aimé le lui dire, plutôt que d’envoyer ce bête SMS. Mais il sait que s’il s’enflamme trop, elle prendra la fuite… Comme la fumée qui s’échappe de sa clope. C’est ça, elle est comme cette fumée. Insaisissable, légère, aérienne. Quand il est avec elle, il a l’impression de s’envoler. Alors il rallume une autre cigarette, pour rêver d’elle, encore.
Le portable le ramène au sol. Il lit son message. La cigarette tombe. Il relit le message, ramasse la clope, l’écrase mal, et relit encore. Il s’assoit sur le canapé. Se prend la tête à deux mains. Une larme coule de son œil gauche. La fumée lui pique les yeux. Pas la vraie fumée, mais elle. Le mégot qui brûle encore, c’est lui. S’il reste là, parmi les cendres, il la perdra, et s’éteindra. L’appeler. Vite.
11:01 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : nouvelle, écriture



Commentaires
Superbe ce texte ! Et belles métaphores.
C'est drôle parce que j'ai écrit une nouvelle il y a quelques temps qui parle d'une rupture par sms, avec la vision de la situation du côté de la fille et du côté du garçon.
Ca me fait vraiment plaisir de te lire, je m'y retrouve, et certains rythmes de phrases me font penser à celles que j'écris parfois. C'est fou :-)
Claire.
Ecrit par : Klarys | 27.04.2008
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