27.04.2008

Goutte(s)

J'animais récemment un atelier d'écriture. Le principe était simple. Chaque semaine, nous étions une demi douzaine d'écrivains en herbe à nous retrouver pour lire ce que nous avions pondu les jours précédents. Il y avait peu de contraintes, à part le thème qui était imposé mais qui pouvait s'interpréter très librement.

Cette semaine-là, le thème était "goutte d'eau". J'en avais tiré un journal que j'ai mis en ligne sur mon blog MySpace :
http://blog.myspace.com/index.cfm?fuseaction=blog.ListAll...
parce que la mise en page y est plus adaptée aux textes plus long.

Comme d'habitude, n'hésitez pas à laisser vos commentaires !

24.04.2008

Dubrule déclare sa flamme

1883287621.jpgDans le brouhaha qui mêle excuses et accusations envers la Chine, il est un message qui m’a particulièrement gonflé. Non, pas la lettre de Sarko à l’athlète handicapée, même si elle est évidemment bien davantage destinée à calmer le jeu avec le gouvernement chinois qu’à consoler cette pauvre jeune femme. Non plus la décision de Bertrand Delanoë de faire citoyen d’honneur de la ville de Paris le Dalaï-lama, même s’il est évident qu’elle n’a pas d’autre but que de caresser les militants socialistes dans le sens du poil au moment où le PS se cherche un nouveau grand leader. Vous l’aurez compris, ce qui m’a énervé c’est l’interview de Paul Dubrule, sénateur et président du conseil de surveillance du groupe Accor, sur la chaîne officielle chinoise CCTV.


Que l’un des grands patrons du quatrième groupe hôtelier mondial fasse de la lèche aux dirigeants d’un si gros marché ne m’étonne certes pas. Ce sont les arguments utilisés qui me trouent le cul ! Pour mémoire, Dubrule a exprimé son entier soutien au gouvernement chinois concernant son action au Tibet qu’il considère comme en favorisant le développement économique. A l’inverse, il considère le Dalaï-lama comme rétrograde. Pour justifier sa position, il explique ainsi qu’il a passé trois mois au Tibet en 2002 (lors d’un voyage à bicyclette…) et que cela lui donne une connaissance et une compréhension du Tibet bien supérieure aux autres Français (forcément, trois mois le nez dans le guidon, on devient un expert...).

A la même période, j’ai passé quatre jours à Shanghai (si si !). Ce qui, selon la jurisprudence Dubrule, devrait donc me donner une connaissance de la Chine déjà quasi encyclopédique… Et j’ai vu quoi ?

Une ville divisée en deux ghettos principaux. L’un, délabré, est occupé par les Chinois. L’autre, composé de buildings ultra modernes (bureaux et surtout hôtels, dont beaucoup en construction à l’époque), est réservé aux occidentaux. En dehors de quelques lieux « touristiques » (le marché aux contrefaçons, la rue des bars à putes et quelques temples), pas question de mélanger Chinois et occidentaux. La police est à tous les coins de rue, et veille à ce que chacun reste dans son coin. De toutes façons, tout est fait pour que l’occidental ne se perde pas au milieu des Chinois. La grande majorité de la population locale ne parle pas l’anglais (pas même les chauffeurs de taxi) et les noms de rues sont inscrits en chinois. Dans ces conditions, difficile de s’éloigner des sentiers autorisés.

Un après-midi, un ouvrier chinois m’aborde dans une bijouterie. Il est amusé par les boucles de mes cheveux et par ma barbe bien différents de sa coupe en brosse et des ses joues imberbes. L’échange, très bon enfant, durera moins d’une minute. Juste le temps qu’un policier le jette manu militari du magasin et me signifie que je ne dois pas parler avec des locaux, pour ma sécurité...

Quelques heures plus tard, mes compagnons de promenade et moi appelons un taxi pour rentrer à notre hôtel. Le taxi stoppe à notre hauteur. Immédiatement, le policier installé au carrefour vient arrêter le chauffeur et l’emmène au poste. Devant notre stupéfaction, le flic répondra simplement que le taxi n’avait pas le droit de s’arrêter à cet endroit précis…

Alors OK, j’étais pas à vélo et mon voyage n’a pas duré trois mois, mais j’ai quand même vu les effets du développement économique cher à Dubrule. Le quartier « occidental » de Shanghai en témoigne… Mais les Chinois eux-mêmes ? Si la pauvreté est visible un peu partout (habitations en ruine, mendiants et même quelques lépreux), cela ne m’indiquait pas le niveau de vie réel du travailleur chinois moyen. Pour que je réalise en quoi le « développement économique » de la Chine profitait tant à son peuple, il aura fallu d’un soir où j’avais envie de boire un verre ailleurs qu’au Novotel où je séjournais. J’avais envie de découvrir un endroit typique, avec des Chinois quoi, et non entouré de businessmen en cravate. Je demande donc au réceptionniste de l’hôtel de me conseiller une adresse sympa pour boire un verre avec un pote. Il me donne une rue, nous expliquant que c’est là que l’on trouve les meilleurs bars, et appelle un taxi. La voiture nous déposera au milieu de pubs à l’anglaise ouverts sur la rue. Apparemment, pas un Chinois ne sort là-bas. En revanche, on y voit de jeunes Chinoises, plutôt mignonnes, sans être provocantes. Nous pensons tout de suite qu’il s’agit de prostituées, même si elles n’en ont pas vraiment la dégaine. Arrêt au comptoir pour commander une bière. Deux filles nous rejoignent, nous demandent si elles peuvent discuter avec nous. Nous répondons que oui, mais que nous ne sommes pas intéressés par des prostituées. Elles rétorquent qu’elles sont étudiantes, et désireuses de parler avec des occidentaux. Leur anglais est excellent, il semble évident qu’elles ont un niveau d’éducation supérieur à la moyenne. Nous ne leur offrons même pas un verre. Elles restent quand même là. On papote. Elles nous trouvent très beaux, nous racontent « leur » Chine, celle de la campagne qu’elles ont quitté pour venir étudier ici. Les mains finissent par se toucher. Quelques baisers doux sont échangés. Deux heures plus tard, mon interlocutrice annonce la couleur. Si je le souhaite, je peux faire l’amour avec elle toute la nuit pour à peine plus de dix euros… Ce doit être ça, le « développement économique » version Dubrule.

09.04.2008

Madonna fait sa révolution

1817299476.jpgIl y a des moments où l'on regrette de zapper. Ma soirée télé avait pourtant bien débuté, avec un assez bon reportage sur cette année 68 si riche en événements : mai 68 en France bien sûr, l'admiration pour la Chine de Mao, mais aussi le printemps de Prague, la mort du Che, les assassinats de Martin Luther King et de Bobby Kennedy, ou encore les manifs contre la guerre du Vietnam... Avec une conclusion des plus déprimantes : 68 fut, un peu partout dans le monde, l'année de tous les espoirs, de tous les rêves, mais surtout de toutes les désillusions. On écoutait Jimmy Hendrix, Janis Joplin, et on imaginait la révolution, un monde meilleur, davantage de liberté, d'amour et de confraternité.

Quarante ans plus tard, l'Histoire semble avoir reculé. Comme tous les ans ou presque, les lycéens français rêvent d'un nouveau mai 68. Le Che explose les records de vente de t-shirts et de posters. La Chine de Mao est montrée du doigt. Barack Obama réunit à lui seul les idéaux représentés par Martin Luther King et la famille Kennedy, et les pays occidentaux sont passés de la guerre froide à la guerre contre le terrorisme...

J'en étais là de mes pensées quand j'ai zappé sur une chaîne musicale. Evidemment, pas de Jimmy Hendrix au programme, mais le dernier single de Madonna. Et, coïncidence, il s'intitule "4 minutes to save the world". Je n'avais pas échappé au buzz énorme de la sortie mondiale du clip. Alors je me le suis infligé en intégralité, si si ! Histoire de pas mourir con. Parce que bon, franchement, ce duo avec Justin Timberlake, qui mélange hip hop, disco et R&B, n'est pas ma came du tout. Et puis je suis parti me coucher, en me disant que j'aimais vraiment pas, et en me demandant si une révolution était encore possible.

Mais la vraie surprise m'attendait ce matin. Souvent, je me réveille avec une mélodie dans la caboche. Cette fois, c'était Madonna... Pourtant, j'aime toujours pas. Mais, comme d'habitude avec Louise Ciccone, c'est pro, très pro. A bientôt cinquante ans, la Madone s'est offert la contribution du producteur le plus "djeunz" du moment, Timbaland. Un peu comme si Sheila faisait son come back en duo avec MPokora ! Il en résulte un titre évidemment très rythmé, et absolument pas mélodieux si l'on excepte la ligne de cuivre quasi symphonique répétée en boucle et à peine pompée sur la référence du genre, le "Can you feel it?" des Jackson Five. Quant au clip, réalisé par deux frenchies qui s'étaient fait remarqués en bossant avec Justice, il est loin de nous montrer Justin et Louise sauver le monde, et se contente d'exhiber pour la énième fois leurs déhanchements sexy. Et c'est bien normal puisque la chanson ne parle absolument pas de politique, mais juste d'une dragouille entre la quinquagénaire et l'ex de Britney Spears... Oh bien sûr, les plus indulgents y trouveront un message gentillet : c'est l'amour qui sauvera le monde. "Peace and love" quoi ! Comme en 68. Comme dans "Can you feel it?" qui prônait tout aussi naïvement l'amour de son prochain. On en revient donc toujours au même, comme un objet qui tourne perpétuellement autour de son axe. Au fait, comment appelle-t-on ce type de mouvement ? Une révolution !